Sommaire
- Qu’est-ce que le détachement légal d’un travailleur roumain en France ?
- Obligations déclaratives pour un détachement étranger en France
- Formulaire A1 et autorisation de travail du salarié détaché en France
- Durée maximale et renouvellement du détachement des travailleurs roumains
- Droits des travailleurs roumains détachés et sanctions en France
- Foire aux questions
Pourtant, le principe est clair : un travailleur roumain détaché peut venir exécuter une mission temporaire en France sans rompre son contrat d’origine, à condition de respecter les règles en vigueur, le droit applicable et les conditions prévues par les textes.
Qu’est-ce que le détachement légal d’un travailleur roumain en France ?
Le détachement permet à un employeur établi en Roumanie d’envoyer temporairement un salarié sur le territoire français pour une mission précise. Le salarié reste lié à son entreprise d’origine, ce qui distingue ce mécanisme d’une embauche locale. Ce cadre, organisé par l’ Union européenne, offre de la souplesse aux entreprises, mais il impose aussi des obligations strictes en matière de conditions de travail, de rémunération et de déclarations.

Définition et critères du statut de travailleur détaché
Un travailleur détaché est un salarié envoyé pour une période limitée dans un autre État membre, tout en restant sous l’autorité de son entreprise d’origine. Pour qu’un détaché roumain ou un Roumain détaché soit reconnu comme tel, plusieurs conditions doivent être réunies en même temps.
- Entreprise réellement établie en Roumanie : l’employeur doit y exercer une activité substantielle. Le texte initial mentionne un seuil d’au moins 25 % du chiffre d’affaires réalisé en Roumanie.
- Mission temporaire et identifiée : l’intervention en France doit répondre à un besoin précis, pour une durée limitée.
- Lien de subordination maintenu : pendant toute la durée du détachement, le salarié reste sous l’autorité de l’entreprise roumaine.
- Cas admis : la prestation de services transfrontalière, le transfert intragroupe et le travail intérimaire transfrontalier.
Le contrat de travail initial n’est pas rompu. En revanche, les conditions de travail applicables sur le territoire français relèvent du droit français : temps de travail, congés, salaire minimum et règles protectrices. Autrement dit, la législation applicable combine le maintien du lien contractuel avec l’entreprise roumaine et le respect, en France, d’un noyau dur de protections imposées par la loi.
Cadre législatif franco-roumain applicable
Le dispositif repose sur la directive 96/71/CE, renforcée par les directives 2014/67/UE et 2018/957/UE. En France, cette architecture a été transposée dans les articles L.1261-1 à L.1265-1 du Code du travail depuis juillet 2020. C’est ce socle qui fixe les obligations de l’ employeur, les droits du salarié détaché et les principales démarches légales détaché roumain.
Côté roumain, la loi n°16/2017, modifiée par la loi n°172/2020 entrée en vigueur le 16 août 2020, encadre le recours au détachement vers la France.
Détachement versus expatriation : deux statuts bien distincts
Confondre détachement et expatriation peut entraîner un rappel de cotisations, des sanctions administratives ou une requalification de la situation.
Dans le cadre du détachement, le salarié reste affilié à la sécurité sociale roumaine et conserve son contrat avec son employeur d’origine. À l’inverse, en cas d’expatriation, il signe généralement un contrat local et relève du régime français de sécurité sociale dès le début de son activité.
Autre point clé : la durée du détachement dans l’Union européenne est plafonnée à 24 mois. L’expatriation ne suit pas ce même plafond.
Obligations déclaratives pour un détachement étranger en France
Avant toute mission en France, un travailleur détaché ne peut pas prendre son poste sans accomplir des formalités précises. Pour un salarié roumain, ou plus largement pour des travailleurs roumains, ces démarches concernent à la fois l’employeur établi en Roumanie et le donneur d’ordre français. Le cadre est strict. Et le moindre oubli peut entraîner une sanction rapide au regard du droit applicable.
La déclaration SIPSI et ILASS dans le dispositif légal
Pour tout travailleur roumain détaché, la déclaration préalable sur SIPSI doit être transmise avant le premier jour d’activité. Il n’existe pas de délai de tolérance. Dans ce cas de détachement étranger en France, la DPAE obligatoire liée au détachement ne correspond pas à la DPAE classique d’embauche : c’est bien la déclaration SIPSI qui tient lieu de notification légale.
- Entreprise roumaine : raison sociale, adresse, numéro d’identification, secteur d’activité et convention collective applicable.
- Donneur d’ordre en France : coordonnées, nature de la prestation et lieu exact de la mission.
- Salariés concernés : identité, date de naissance, nationalité, qualification et statut de chaque travailleur détaché.
- Représentant en France : personne joignable sur le territoire, en lien avec l’inspection du travail et l’URSSAF.
Depuis 2022, un enregistrement sur ILASS s’ajoute lorsque la mission dépasse trois mois. En pratique, mieux vaut prévoir jusqu’à six semaines avant le démarrage pour réunir les pièces nécessaires, notamment le formulaire A1, souvent traité en deux à quatre semaines par l’administration roumaine. Pour mieux comprendre le cadre légal, les conditions à respecter et les obligations de chaque employeur, consultez la page dédiée à la réglementation détachement.
DPAE obligatoire détachement : quelle procédure pour les travailleurs roumains ?
Pour un salarié roumain détaché en France, la DPAE d’embauche directe ne s’applique pas : le dispositif repose sur SIPSI, complété par ILASS si la mission dépasse trois mois.
Le donneur d’ordre français a aussi un rôle actif. S’il ne reçoit pas la copie de la déclaration préalable transmise par son partenaire, il doit envoyer une déclaration subsidiaire à l’inspection du travail dans les 48 heures suivant le début de la prestation. Cette vigilance engage sa responsabilité sur le plan légal.
Côté roumain, l’employeur doit transmettre une attestation des salariés détachés à l’autorité territoriale compétente au plus tard le jour ouvrable précédant le départ. Le document doit être rédigé en roumain. Pour fiabiliser la démarche et obtenir votre attestation détachement légal, la procédure SIPSI doit être complétée avant le début de la mission.
L’avenant au contrat de travail et les formalités côté roumain
Chaque mission doit être encadrée par un avenant écrit au contrat. Ce document, établi par l’employeur, fixe les conditions du détachement : rémunération, frais de déplacement, hébergement, indemnités éventuelles, loi applicable et modalités de retour du salarié à l’issue de la prestation.
L’avenant doit aussi prendre en compte la situation fiscale, notamment le seuil de 183 jours sur 12 mois, qui peut déterminer le pays d’imposition. En cas de contrôle, ce document doit pouvoir être présenté sans délai aux autorités compétentes.
Formulaire A1 et autorisation de travail du salarié détaché en France
Pour un employeur roumain, le formulaire A1 de détachement est le document central du détachement des salariés. Sans ce justificatif, il devient impossible de prouver que le salarié détaché reste affilié à la sécurité sociale roumaine. Le risque est immédiat : en cas de contrôle, les cotisations peuvent être réclamées en France.
Le certificat A1, base légale du détachement du salarié roumain
En matière d’ autorisation de travail pour un salarié détaché en France, la règle est simple : pour un salarié roumain détaché, aucun titre de séjour ni permis spécifique n’est exigé au titre de la libre circulation dans l’Union européenne. Le document clé reste donc le certificat A1, à présenter avec la déclaration SIPSI pour justifier la régularité du contrat de mission et le maintien dans le régime social roumain.
- Délivrance : le formulaire A1, anciennement E101, est délivré par l’organisme roumain de sécurité sociale. Il confirme que le salarié roumain détaché reste couvert en Roumanie pendant toute la période de détachement.
- Effet financier : grâce au certificat A1, les cotisations restent dues en Roumanie, autour de 31,5 %, et non en France, où elles peuvent atteindre 51,7 %.
- Durée : la couverture peut aller jusqu’à 24 mois. Cette durée suppose notamment que l’ employeur roumain réalise au moins 25 % de son chiffre d’affaires en Roumanie.
Le travailleur roumain détaché conserve ses protections sociales en Roumanie pendant toute la mission : maladie, retraite, allocations familiales et chômage. Les pièces justificatives doivent être tenues à disposition pendant toute la durée du détachement : contrat, bulletins de salaire, attestation d’activité et formulaire A1 de détachement. Elles doivent aussi être conservées pendant trois ans après la fin de la mission.
Autorisation de travail du salarié détaché en France : ce que dit la loi
La loi impose d’anticiper. Le formulaire A1 de détachement doit être demandé aux autorités roumaines assez tôt, car son délai de traitement varie généralement entre deux et quatre semaines. En son absence lors d’un contrôle de l’URSSAF, les cotisations françaises peuvent être réclamées rétroactivement dès le premier jour, avec pénalités et intérêts.
Dans le BTP, qui regroupe plus de 50 % des travailleurs détachés en France, une règle supplémentaire s’ajoute. Chaque salarié détaché doit disposer de sa carte BTP, en plus des documents habituels liés au détachement des salariés.
Durée maximale et renouvellement du détachement des travailleurs roumains
En France, la durée du détachement des travailleurs est encadrée par la directive 2018/957/UE et le droit français, avec des seuils précis à ne pas dépasser.

De 12 à 24 mois : les paliers légaux du détaché roumain
La durée maximale du détachement roumain ne peut pas dépasser 24 mois. En pratique, la directive 2018/957/UE pose un premier seuil à 12 mois. Au-delà, le salarié roumain détaché reste soumis à un régime plus strict, avec des obligations supplémentaires pour l’employeur avant toute prolongation.
Passé 12 mois, la quasi-totalité du droit français s’applique au détaché roumain en France, sauf pour les règles liées à la conclusion et à la rupture du contrat. La durée du détachement doit donc être suivie avec rigueur. Un délai de carence de deux mois minimum est en outre exigé entre deux missions du même salarié roumain sur un poste identique, afin d’éviter qu’un détachement de salariés ne soit assimilé à un emploi local. Pour plus de détails, consultez notre page dédiée : durée maximale du détachement roumain.
| Durée | Procédure requise | Droit applicable |
| 0 à 12 mois | Déclaration SIPSI initiale | Noyau dur du droit français |
| 12 à 18 mois | Notification motivée à l’inspection du travail | Quasi-totalité du droit français |
| 18 à 24 mois | Notification motivée prolongée à l’inspection du travail | Intégralité du droit français, hors rupture du contrat |
| Au-delà de 24 mois | Aucune prolongation possible | Risque de requalification en contrat local |
Attestation de non-emploi de salariés détachés : rôle et utilité
L’attestation de non-emploi de salariés détachés peut être demandée par un donneur d’ordre français, notamment dans les marchés publics ou dans le cadre de ses obligations de vigilance. En cas de contrôle, ce document renforce la sécurité juridique de l’entreprise, en particulier si un sous-traitant étranger manque à ses obligations.
Obligations à chaque renouvellement de mission en France
Chaque modification de la durée, des conditions de travail ou de l’organisation de la mission impose une mise à jour de la déclaration SIPSI, au plus tard le jour de la prise d’effet du changement. L’employeur doit aussi formaliser un avenant écrit au contrat, mentionnant la nouvelle durée du détachement, les conditions applicables et les indemnités prévues. En cas de retard, la loi prévoit une amende de 4 000 € par salarié concerné.
Le droit interdit aussi de remplacer des travailleurs roumains par d’autres pour contourner la durée maximale du détachement roumain. Cette pratique est considérée comme frauduleuse. Elle peut entraîner des sanctions administratives et pénales, en France comme en Roumanie, avec un risque accru de contrôle par l’inspection du travail.
Droits des travailleurs roumains détachés et sanctions en France
En France, le droit français protège le travailleur détaché en France dès le début de sa mission, même si son contrat a été signé en Roumanie. Lorsqu’il n’est pas respecté, les conséquences peuvent être lourdes, y compris pour le donneur d’ordre français.
Les conditions minimales garanties au salarié détaché en France
Le salarié détaché, qu’il soit roumain ou ressortissant d’un autre État dans le cadre d’un détachement transnational, bénéficie d’un socle de garanties prévu par le droit français. Ce noyau dur couvre notamment le salaire minimum applicable, la durée du travail, les temps de repos, les congés payés, la santé, la sécurité et l’égalité de traitement. Autrement dit, les conditions de travail du salarié détaché doivent respecter les règles françaises dès le premier jour.
Les conditions de travail du travailleur détaché incluent aussi la prise en charge des frais professionnels liés à la mission. Le transport, le logement et la nourriture restent à la charge de l’employeur. Ces dépenses ne peuvent pas être retirées de la rémunération. Une indemnité liée au détachement transnational peut également être versée; elle peut être exonérée d’impôt et de charges jusqu’à 2,5 fois l’indemnité publique de déplacement.
- Durée du travail : au maximum 48 heures par semaine, avec 12 heures de repos quotidien minimum et 48 heures consécutives de repos hebdomadaire.
- Congés payés : 20 jours ouvrés minimum par année civile, selon les règles applicables en France.
- Heures supplémentaires : les majorations prévues par le droit français s’appliquent, avec des taux parfois plus favorables selon la convention collective.
Sur le plan fiscal, un seuil compte particulièrement : 183 jours sur 12 mois. En dessous, le salarié roumain reste en principe imposé en Roumanie, conformément à la convention fiscale franco-roumaine. Au-delà, une imposition en France peut s’appliquer. Mieux vaut que le contrat ou son avenant prévoie clairement ce point pour sécuriser la situation du salarié détaché roumain.
Sanctions et responsabilités en cas de détachement irrégulier
Les sanctions liées à un détachement irrégulier sont très concrètes. En France, l’amende peut atteindre 4 000 euros par salarié détaché en situation irrégulière, puis 8 000 euros en cas de récidive, dans la limite globale de 500 000 euros lorsque plusieurs cas sont constatés. En Roumanie, les manquements peuvent aussi être sanctionnés à hauteur de 20 000 lei par salarié, avec un plafond de 200 000 lei.
L’employeur n’est pas le seul exposé. En cas de manquement, le donneur d’ordre peut voir sa responsabilité engagée de façon conjointe et solidaire, en particulier dans le secteur du BTP. L’inspection du travail peut aller jusqu’à demander l’arrêt immédiat d’un chantier si les conditions de travail présentent des manquements graves. Elle peut aussi transmettre le dossier aux autorités roumaines.
Foire aux questions
Quelle est la durée maximale d’un détachement roumain en France ?
En France, la durée du détachement d’un salarié roumain est en principe limitée à 12 mois. Cette durée peut être portée à 18 mois si l’employeur adresse une notification motivée à l’inspection du travail, puis aller jusqu’à 24 mois au maximum avec l’accord formel des autorités françaises.
Après 24 mois consécutifs, le risque est clair : le contrat peut être requalifié en contrat local. Dans ce cas, les obligations sociales françaises s’appliquent pleinement. Autre point à surveiller : pour un même poste, deux missions distinctes du même travailleur détaché doivent être séparées par un délai de carence minimal de deux mois.
Quelles sont les obligations déclaratives pour employer un travailleur détaché roumain ?
Pour un travailleur détaché roumain envoyé en France, l’employeur doit respecter plusieurs obligations avant le début de l’activité. La déclaration préalable sur la plateforme SIPSI est obligatoire avant le premier jour de mission, sans délai de tolérance. Depuis 2022, un enregistrement complémentaire sur le portail ILASS s’impose aussi lorsque la durée de la mission dépasse trois mois.
L’employeur doit également désigner un représentant en France et obtenir le formulaire A1 auprès de la sécurité sociale roumaine, en général sous 2 à 4 semaines. En Roumanie, une attestation doit être transmise à l’inspection territoriale du travail au plus tard le jour ouvrable précédant le départ. Un avenant au contrat précise les conditions de la mission.
De son côté, le donneur d’ordre français doit surveiller les obligations de son prestataire : en cas de manquement constaté, il dispose de 48 heures pour effectuer une déclaration subsidiaire.
Le droit français s’applique-t-il intégralement au salarié détaché en France ?
Pas immédiatement. Pour un travailleur détaché en France, le droit français s’applique progressivement, selon la durée du détachement. Dès le début, un socle de règles doit être respecté : rémunération minimale, durée du travail, repos, congés payés, égalité de traitement, santé et sécurité.
Au-delà de 12 mois, ou de 18 mois lorsque la prolongation a été valablement notifiée, la quasi-totalité du droit français devient alors applicable au salarié détaché, sauf les règles relatives à la conclusion et à la rupture du contrat. Pour l’employeur, cela impose un suivi précis des conditions de la mission et de la durée du détachement, afin d’éviter tout écart relevé par l’inspection du travail.
